Sœur
Emmanuelle

Ayant été nommée Chevalier de la Légion d’Honneur, sur proposition du Premier Ministre Lionel Jospin, le 1° janvier 1999, j’ai demandé à Soeur Emmanuelle, que j’avais rencontrée récemment et dont j’appréciais particulièrement la simplicité et la générosité de son engagement humanitaire, de bien vouloir me remettre les insignes. La cérémonie de remise de ces insignes a eu lieu le 9 juin 1999.


 

 

 

 


 

" Je dirai d’abord que c’est pour moi une vraie joie d’être ici, ce soir, avec Marie de Hennezel. Quand j’ai lu son livre, je dois dire que je m’y suis plongée. Je l’ai savouré. Il y a énormément de livres publiés qui ont certainement une belle valeur, mais j’ai trouvé dans « la mort intime » sincèrement ce que je n’avais pas trouvé ailleurs.

 

Vous savez que la mort, c’était un sujet plus ou moins tabou depuis plusieurs années. L’homme n’est pas fait pour mourir. L’homme est fait pour vivre, l’homme est fait pour marcher. Pour chanter. Donc l’arrêt de sa marche, l’arrêt de son chant de vivre, c’est tellement douloureux qu’à notre époque, où évidemment on préfère le plaisir à tout ce qui est austère, l’idée qu’un jour tout finira fait frémir, fait frémir. Et voilà que Marie, tout simplement, nous offre un livre où la mort ne devient plus cet objet d’horreur. Elle nous explique avec le cœur – vous vous souvenez Saint Exupery « on ne comprend qu’avec le cœur » - elle nous explique que la mort n’est pas redoutable comme nous le pensons.

 

Elle ne l’est pas dans la mesure où celui qui sent qu’il va partir – et moi j’ai 90 ans sonnés, je ne suis pas jeune comme vous, je sais très bien que le moment n’est plus tellement loin – mais en lisant Marie, j’ai été encore plus persuadée que la mort, quand elle est entourée de personnes qu’on aime et qui vous aiment, qu’on a connues avec son cœur et qui sont près de vous avec leur coeur, ce passage n’est plus cette chose redoutable, horrible, dont on voudrait même oublier qu’elle viendra un jour. Non ! c’est un départ, et pour moi c’est une arrivée. C’est un départ qui ne sépare pas, car Marie le dit, quand on aime, l’amour est plus fort que la mort. Et nous devons en être persuadés, chacun d’entre nous, et savoir que lorsque nous partirons, notre coeur restera attaché. Le coeur, dans le sens pascalien du mot, naturellement, non pas le coeur physique, mais ce qui en nous est le plus beau, le plus grand, j’allais dire d’éternel.

Je voudrais d’abord dire à Marie, que ce qui m’a beaucoup plu en elle, c’est d’abord sa source. Voyez-vous quand un être humain a une vie de valeur, vous pouvez être sûr que la source a de la valeur. Alors Marie appartient à une belle famille nombreuse où elle a trouvé entre des frères et des sœurs ce climat d’amour. Un père colonel qui avait ces notions d’honneur, de vie droite et pleine. Et c’est tout ce trésor que Marie a trouvé dans sa famille, qu’elle a laissé s’épanouir en elle. Elle est devenue psychologue, psychanalyste jungienne, et elle m’a dit combien Jung l’avait aidée à développer ce qu’elle avait de plus profond en elle. Pendant vingt ans, - c’est une étape de vie ! - Marie s’est penchée sur la souffrance humaine.
Nous pourrions nous arrêter une seconde : quelle femme ! pour pouvoir pendant vingt ans, vingt ans ! ne pas avoir peur d’écouter, regarder, se pencher sur l’homme, la femme, l’enfant qui souffre pour lui donner le meilleur de soi-même. C’est fantastique, c’est fabuleux, ça vaut la peine de vivre quand on sait regarder, écouter, se pencher sur l’homme, la femme, l’enfant dans sa douleur
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Avec Mathilde Poirson

Présidente de l'association Bernard Dutant

Il est très certain que si les soins palliatifs sont passés au Parlement - nous avons une nouvelle loi – c’est en partie, je ne dirai pas à cent pour cent – mais c’est en partie grâce à Marie et à ce livre qui, vous le savez, a été traduit en 17 langues – il n’y a pas beaucoup de livres qui sont traduits en 17 langues – "  la mort intime " dont je viens de parler.
Mais ce que je voudrais dire c’est que, non seulement Marie a su s’intéresser à ce passage redoutable, mais elle a crée une association de sidéens pour lesquels elle a organisé des voyages dans le désert marocain – j’adorais le désert moi aussi, j’y ai puisé beaucoup, j’y ai fait deux retraites toute seule. Je peux vous dire que cette idée de Marie d’emmener des hommes et des femmes en situations critique en plein désert, en chameau, pour respirer, aspirer le silence – c’est grand, vous savez le silence !

De sorte que ce que j’admire chez Marie, c’est qu’elle a su inventer, faire sortir la vie de ce qui paraît le plus redoutable parmi les maladies dont malheureusement tant d’hommes aujourd’hui sont atteints. Ce qui m’a beaucoup frappé, c’est une certaine phrase qu’a dite sa grand mère avant de partir : "  ah la lumière, c’était donc vrai ! " Vous vous rappelez le dernier mot de Goethe " Ah la lumière, la lumière ! " et bien, voyez vous, mes chers amis, je crois que nous sommes ici au coeur du problème. La mort intime, c’est ça : partir vers la lumière. Vous le savez, nous ne sommes pas toujours dans la lumière, nous passons tous par l’ombre, par la difficulté. A certains moments, chacun d’entre nous se croit abandonné, abandonné de Dieu ou parfois des hommes, on est plus dans la lumière.
Et pourtant c’est vers la lumière que nous voulons aller, nous voulons être des détonateur, comme Marie, détonateur de lumière, de joie, de vie, de chant.
Faire de sa vie un chant pour que chacun autour de nous soit entraîné dans notre sillage de lumière et de chant.

Je vais terminer, parce que, voyez vous, je crois que je dois terminer sur la lumière, sur l’amour. Je crois beaucoup à cette parole de Pascal que Marie aime aussi beaucoup : " l’homme dépasse l’homme ".
Ici nous savons que chacun d’entre nous a des capacités, des possibilités extraordinaires que nous devons sans cesse essayer, dans le sillage de Marie, de développer en nous au maximum, pour que la vie de chacun d’entre nous soit un enrichissement perpétuel. S’enrichir au contact de l’ autre. Et Marie me disait combien ces années passées avec ceux qui partaient étaient pour elle cette source dont nous parlions, source de vie, vous entendez ! source de vie ! Ne croyons pas que la mort est la fin. La mort est le commencement. Donc aider ceux que nous aimons à partir, c’est les lancer déjà du côté de la vie, de la lumière , de l’éternité. Et savoir que chacun d’entre nous y sommes appelés. Nous ne sommes pas appelés à mourir, nous sommes appelés à vivre, à ressusciter par l’amour et dans l’amour.
Il me reste maintenant à conférer à Marie, à lui offrir la légion d’honneur, qui représente, je crois, que nous appartenons à une famille qui a pour idée d’abord l’honneur d’être homme, l’honneur d’être femme, l’honneur d’aimer, l’honneur de donner de la vie aux autres. Alors je vais conférer à Marie le titre de chevalier de la légion d’honneur et je dis la formule que j’ai devant moi
: "  Au nom du président de la République, et en vertu des pouvoirs qui me sont conférés, nous vous faisons chevalier de la légion d’honneur. "

Soeur Emmanuelle

la réponse de Marie de Hennezel