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| François Mitterrand, la mort intime et le goût de vivre |
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COMMENT MOURIR ? " Telle
est la question que pose sans détours François Mitterrand
dans la préface d'un ouvrage intitulé La Mort intime.
"Nous vivons
dans un monde que la question effraie et qui s'en détourne,
écrit l'ancien président de la République. Des
civilisations, avant nous, regardaient la mort en face. Elles dessinaient
pour la communauté et pour chacun le chemin du passage. Elles
donnaient à l''achèvement de la destinée sa richesse
et son sens. Jamais peut-être le. rapport à la mort n'a
été si pauvre qu'en ces temps de sècheresse spirituelle
où les hommes, pressés d'exister, paraissent éluder
le mystère. Ils ignorent qu'ils tarissent ainsi le goût
de vivre d'une souce essentielle. " Aujourd'hui publiques,
ces réflexions alimentaient, depuis plus de dix ans, les conversations
de M. Mitterrand avec l'auteur de ce livre à paraître ie
14 septembre chez Robert Laffont. Son auteur, Marie de Hennezel, est
psychologue-psychanalyste à l'unité de soins palliatifs
de l'hôpital de la Cité universitaire à Paris. Sans
fausse pudeur, elle livre son témoignage sur la mort, rapporte
ses rencontres avec les mourants, dévoile une leçon de
vie apprise auprès de ceux qui les accompaqnent Parmi ces instants
d'une rare densité, elle raconte sa visite à M.Mitterrand
alors qu'il vient de quitter l' hopital Cochin. " Je sais comme
tout le monde, par la presse, qu'il vient d'être opéré
d'un cancer" , écrit-elle. " J'aurai bientôt
besoin de vos soins palliatifs ", lui a-t-il lancé.
L'ancien président de la République est alité ;
il me parle maintenant sans détours de ce qui lui arrive, écrit
Marie de Hennezel. " Le processus est enclenché... Cest
une maladie dont on meurt, je le sais. " La voix est calme,
le regard clair, droit dans le mien. " Je n'ai pas peur de la
mort, mais j'aime vivre... Cela vient toujours trop tôt "
(...) Le Président se demande maintenant si les croyants
arrivent plus sereins faceà la mort " Y a-t-il un lien
entre la foi et la sérénité? Nos conversations
autour de la mort ont souvent pris un tour mystique (...). Le
Président, qui se dit agnostique, précise par ailleurs
que cela ne l'empêche pas d'avoir un sentiment religieux, le sentiment
d'être relié d une dimension qui le dépasse. Expérience
quasi sensorielle et intime, dont il dit qu'elle plaide davantage à
ses yeux pour l'existence de Dieu que n'importe quel discours religieux.
" On peut ne pas étre croyant et être serein devant
la mort, se préparer à la mort, comme à un voyage
vers i'inconnu. Après tout I'intonnu n'est-il pas aussl un au-delà?
" demande-t-il. Michèle Aulagnon |