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La
mort intime
Je
ne sais comment nous en venons à parler de cette force intérieure
qui nous accompagne dans les pires moments. Peut-on compter seulement
sur soi? Je lui ai souvent parlé de la méditation et de
la prière. Ramener son esprit agité dans la crypte intérieure,
faire silence et écouter le souffle de la vie nous traverser. Non,
la prière n'est pas rabâcher des mots, ni demander l'impossible!
Elle est, selon l'expression du moine Seraphim de Sarov, " participation
à une Présence qui enveloppe l'âme et le corps ",
ou encore contact avec la communauté des priants.
" Lorsque vous priez, vous vous élevez pour rencontrer dans
l'air ceux qui prient à cette même heure, et que, sauf en
prière, vous ne pourriez rencontrer. " Je cite de mémoire
Khalil Gibran :
" Ainsi vous croyez à la communion des saints ? "
Le Président se dit sensible à cette idée qu'on ne
peut pas compter seulement sur ses propres forces et qu'on a besoin de
prières, de cette communion invisible avec ceux qui élèvent
leurs pensées vers quelque chose de plus haut. Je lui ai souvent
parlé de ce groupe de prière que nous avons constitué
entre amis pour donner un peu de notre temps, de notre pensée à
cette communion invisible, qui est aussi une forme de solidarité.
Se dire qu'à tout moment sur terre des milliers de gens prient,
se relier à cette pensée, et souhaiter de toute son âme
que cette solidarité-là puisse aider quelqu'un qui traverse
un moment de solitude ou de souffrance, n'est-ce pas une belle idée?

Il
y a quelques années, j'ai fait le rêve suivant : je me trouvais
dans la cuisine d'une maison ancienne, en présence d'un homme,
qui était sans doute l'hôte de ce lieu. L'homme attirait
mon attention sur le mur, au-dessus de la cheminée. Il y avait
là un trou. Comme il semblait insister pour que j'aille voir de
plus près, je pris une chaise, montai dessus et regardai à
l'intérieur du conduit de la cheminée. Quelle ne fut pas
ma surprise de découvrir que le long des parois enduites d'une
suie noire et épaisse coulait quelque chose qui ressemblait à
du miel. Intriguée, je tendis la main pour vérifier: c'était
bien du miel !
Je me souviens que, dans le rêve, j'étais profondément
bouleversée par cette découverte et j'avais le sentiment
qu'il me fallait absolument prévenir les autres. Comme si je détenais
un secret qu'il était urgent de partager. Je savais qu'on aurait
du mal à me croire et que cela prendrait du temps.
On trouvera à ce rêve bien d'autres interprétations
évidentes, j'en suis consciente, mais, au moment où je l'ai
fait, je l'ai relié expressément à ce que je découvrais
de jour en jour, dans cette proximité avec la souffrance et la
mort! Il y avait de la douleur, certes, mais il y avait aussi de la douceur,
souvent une infinie tendresse. Je découvrais que l'espace-temps
de la mort est, pour ceux qui veulent bien entrer de dans et voir au-delà
de l'horreur, une occasion inoubliable d'intimité.
Écrire ce livre a été ma façon de partager
cette découverte.

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