La mort intime


Après des années d'accompagnement de personnes vivant leurs derniers instants, je n'en sais pas plus sur la mort elle-même, mais ma confiance dans la vie n'a fait que croître. Je vis, sans doute, plus intensément, avec une conscience plus fine, ce qui m'est donné de vivre, joies et peines, mais aussi toutes ces petites choses quotidiennes, allant de soi, comme le simple fait de respirer ou de marcher.
Peut-étre suis-je devenue plus attentive à ceux qui m'entourent, consciente que je ne les aurai pas toujours à mes côtés, désireuse de les découvrir et de contribuer autant que je le peux à ce qu'ils deviennent ce qu'ils sont appelés à devenir.

Aussi après des années auprès de ceux qu'on appelle des "mourants", mais qui sont bien des "vivants" jusqu'au bout, je me sens plus vivante que iamais. Cella, je le dois à ceux que je crois avoir accompagnés, mais qui, dans l'humilité dans laquelle les a plongés la souffrance, se sont révélés des maîtres..

J'espère pouvoir sensibiliser le lecteur à la richesse d'un accompagnement des ultimes moments de la vie d'un proche. J'ai moi-même découvert cette richesse au fil des années. Ma vie en a été transformée. Mourir n'est pas, comme nous le croyons si souvent, un temps absurde, dépourvu de sens. Sans diminuer la douleur d'un chemin fait de deuils, de renoncements, j'aimerais montrer combien le temps qui précède la mort peut être aussi celui d'un accomplissement de la personne et d'une transformation de l'entourage. Bien des choses peuvent encore se vivre. Dans un champ plus subtil, plus intérieur, dans le champ de la relation aux autres. Quand on ne peut plus rien faire, on peut encore aimer et se sentir aimé, et bien des mourants, au moment de quitter la vie, nous ont lancé ce message poignant : ne passez pas à côté de la vie, ne passez pas à côté de l'amour. Les derniers moments de la vie d'un être aimé peuvent être l'occasion d'aller le plus loin possible avec cette personne. Combien d'entre nous saisissent cette occasion? Au lieu de regarder en face la réalité de la proximité de la mort, on fait comme si elle n'allait pas venir. On ment à l'autre, on se ment à soi-même, et, au lieu de se dire l'essentiel, au lieu d'échanger des paroles d'amour, de gratitude, de pardon, au lieu de s'appuyer les uns sur les autres pour traverser ce moment incomparable qu'est la mort d'un être aimé, en mettant en commun toute la sagesse, l'humour et l'amour dont l'être humain est capable pour affronter la mort, au lieu de cela, ce moment unique, essentiel de la vie, est entouré de silence et de solitude.

 

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