La mort intime

Onze heures. Le Président franchit la porte à double battant au-dessus de laquelle on peut lire : " Unité de soins palliatifs ". Il est accompagné de sa sécurité rapprochée, de son chef de cabinet, d'un ancien ministre, conseiller à l'Élysée, de son médecin personnel qui a joué un rôle important dans la création de ce service pilote. Il est visiblement impressionné par le vestibule en arcade autour duquel sont distribués les salons et les chambres. Je n'ai jamais su pourquoi ce lieu de passage dégage tellement de paix et de douceur. Est-ce l'architecture qui évoque le calme des cloîtres, ou la couleur saumon si douce du plafond, ou la lumière que diffuse la baie vitrée tout au bout de l'allée des colonnes? Le Président a visiblement marqué un temps d'arrêt. Le voilà maintenant qui serre les mains, nombreuses, car tout le monde est là, médecins, infirmières, bénévoles, honorés de cette marque d'intérêt pour un travail si peu reconnu dans un monde où le soin et l'attention portés à la personne ne sont pas valorisés.

Assis dans le grand salon réservé aux familles des malades, il écoute maintenant la courte présentation que le chef de service lui fait de son unité. Il écoute attentivement, car c'est pour cela qu'il est venu. Il est venu apprendre de nous, de notre expérience humaine au contact de la souffrance et de la mort. C'est l'humaniste qui est là d'abord. Et chacun le sent à la simplicité des rapports qu'il établit maintenant avec les uns et les autres, interrogeant, réagissant, se mêlant au groupe chaleureux des infirmières qui s'enflamment pour défendre la qualité de leur travail, ne voulant pas manquer cette occasion inespérée de convaincre le chef de l'État de l'urgence d'une reconnaissance de leur métier, alors que nous sommes par ailleurs à peine sortis du conflit qui les oppose au gouvernement. L'ambiance est animée. On évoque tour à tour le retard de la France en matière de traitements antalgiques, le manque de formation des médecins, le déni généralisé de la mort et le peu de préparation des personnels hospitaliers à l'accompagnement des malades pour lesquels " on ne peut plus rien ".

Le Président est ému par l'énergie et la passion qui se dégagent des infirmières. Il me le dit, à voix basse, alors que nous nous dirigeons vers la chambre de Danièle.

 

 

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